Monster
Épreuve gélatino-argentique montée sur aluminium
169,7 × 120,7 cm
Monster, autoportrait monumental pris en 1988, en noir et blanc, s’impose physiquement à celui qui le regarde. Par ses dimensions, ce face à face pourrait même être une séance de pose. Jafa tirerait-il le portrait de la communauté blanche ? Il est en tout cas certain qu’il immortalise notre regard sur son être noir.
Une grande partie de la puissance de cette œuvre réside dans la friction entre l’image et son titre. Ici, on observe de prime abord un homme noir, son appareil à la main, déclenchant celui-ci devant un miroir. Malgré un contraste très marqué et un cadrage peu commun, cette photographie respecte les codes de l’autoportrait classique. En apposant ce titre – Monster –, il modifie notre vision, force le spectateur à voir autre chose : ceci est un monstre. Arthur Jafa se considère-t-il comme un monstre ? Ou nous renvoie-t-il le regard que les autres portent sur la communauté noire ? Être primitif, créature effrayante et cruelle – ces stéréotypes sont encore profondément ancrés dans la société. Examen acide de la xénophobie aux États-Unis, cette trahison de l’image met en exergue la puissance – et la violence – des mots et des discours.
Cette œuvre est conservée par la Collection Pinault et a été présentée pour la première fois lors de l’exposition « Corps et âmes » à la Bourse de Commerce, en 2025
Vue de l’exposition « Corps et âmes », Bourse de Commerce – Pinault Collection, Paris, 2025.
© Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier.
Photo : Nicolas Brasseur / Pinault Collection.
© Arthur Jafa