Fabulation

2023

Acrylique sur toile

Triptyque : 230 x 280 cm par panneau

Dans Fabulation, triptyque dont les panneaux sont aussi dissociables, Giulia Andreani se livre à une réinterprétation personnelle et sibylline de l’histoire en s’appuyant sur des photographies des archives Condé Nast (groupe d’édition détenant, entre autres, Vogue, Vanity Fair et The New Yorker, dont une partie des archives appartient à la collection Pinault), qu’elle reconfigure dans un camaïeu de gris de Payne dont l’usage est devenu caractéristique de sa pratique.

Sur le panneau de gauche, basé sur au moins quatre photographies, Justine Johnstone, actrice américaine du début du XXe siècle, est peinte dans la tenue blanche qu’elle porte sur la photographie, datant de 1916, la montrant en infirmière. Jesse Owens, athlète noir-américain devenu symbole de la lutte contre le racisme pour avoir remporté quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, est représenté l’épaule comme disloquée, fidèlement à la photographie de Lusha Nelson, prise en 1935.

Sur le panneau central, Estelle Winwood, autre actrice du début du XXe siècle, est représentée dans la pose étudiée qu’elle prenait pour Adolf de Meyer en 1919, désormais au milieu des ruines londoniennes qu’a photographiées Cecil Beaton en 1940 ; un drapeau du Royaume-Uni flottait au-dessus d’elles, qu’Andreani a transformé en drapeau blanc. Au premier plan, le regard à la fois meurtri et résolu d’une fillette photographiée par le même De Meyer en 1919, interpelant le spectateur, renforce l’étrangeté de la composition, qui fait aussi référence au martyre de Sainte-Lucie, dont les yeux sont représentés à la manière de Francesco del Cossa.

Sur le panneau droit, l’actrice Lauren Bacall est alanguie sur une planche de bois qui n’apparaît qu’en partie, comme dans la photographie de Ralph Crane, datant de 1945. Sa représentation par Andreani est néanmoins le fruit d’une inversion horizontale, et l’arrière-plan a été remplacé par une vue de la villa Foscari, aussi appelée « La Malcontenta ». Demeure palladienne érigée non loin de Venise au milieu du XVIe siècle, la barque qui traverse son reflet dans l’eau a désormais un autre nom : « Méfie-toi du peintre ».

Ces trois panneaux donnent ainsi un exemple crucial de la recherche de l’artiste, qui requiert des « images qui “préexistent” pour pouvoir opérer, au travers de la peinture, une sorte de re-vision du monde et de l’histoire. »

Expositions